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Publié par PS

SMART : la flexibilité mensongère !

 

SMart : la flexibilité mensongère (1/4)

« Le marché du travail doit être plus flexible », entonnent en choeur les organisations
patronales et les politiques qui plaident pour le libéralisme économique. En ces temps agités, il nous faut vivre au rythme de notre emploi incertain. Il est attendu du travailleur qu’il soit toujours à disposition, pour un salaire moindre, avec moins de droits. Dans le jargon politique, c'est ce que d'aucuns appellent « l'innovation sociale », et sur les lieux de travail, cela se traduit par du « dumping social ».

Parmi les grands précurseurs de cette innovation libérale, on retrouve SMart : une plate-forme numérique qui aime à se définir comme une forme d’économie partagée. SMart consacre beaucoup d'énergie pour se présenter dans le camp progressiste. Pourtant, Smart est en réalité à la manoeuvre dans le cadre d'un capitalisme pur jus, en étant labellisé par une nouvelle gauche (plus à ce sujet dans la suite de cet article).

« Deliveroo a été l'entreprise de l'année 2016 » titraient les journaux aux moments des fêtes de fin d'année. Après tout, ce service de coursiers à vélo est innovant, flexible et écologique, n'est-ce pas ? Deliveroo a su devenir leader du marché en menant une concurrence féroce, notamment grâce au dumping social.

Quel est le « business model » de Deliveroo ? Des étudiants qui peuvent pédaler sur leur propre vélo, en utilisant leur propre smartphone, sans assurance digne de ce nom, pour quelques euros seulement. Ils livrent un repas à domicile dans la demi-heure, pour la modique somme de 2,5€ par livraison. Ceux qui ne parviennent pas à respecter les délais risquent même de perdre leurs revenus. Certes, tout cela est bon pour leur condition physique. Mais, en cas de licenciement, inutile de compter sur une indemnité !

Deliveroo est possible grâce à SMart, un faux employeur qui joue le rôle d'intermédiaire au travers d'un site web comptable. L'ASBL Productions Associées de SMart fonctionne comme une sorte de bureau intérim, sans qu'il ne soit nécessaire de conclure des contrats de travail. Et oui, ces contrats de travail qui "constituent un frein à la flexibilité et à la créativité" dont certains font preuve pour éluder l’impôt.

En tant qu'artiste, vous pouvez ainsi parfaitement vous assigner une mission en apportant
des fonds provenant d’une part d'héritage ou de la vente d'une peinture, et ensuite vous faire
payer en jours de travail. Ces montages juridiques sont une aubaine pour tous ceux qui souhaitent bénéficier du statut d'artiste (article 1 bis) et qui doivent fournir des preuves de journées de travail prestées pour bénéficier d'un niveau d'indemnités de chômage avantageux.

Revenons à Deliveroo, des situations abusives pour ses coursiers à vélo sont apparues assez vite, comme des accidents de travail non couverts ! SMart est alors intervenu et a demandé que
Deliveroo améliore quelque peu la situation socio-économique des 434 coursiers qui
arpentaient notre pays. SMart donnait ainsi l'impression aux coursiers – officiellement des travailleurs de SMart, travaillent en sous-traitance pour Deliveroo, ce qui illégal – qu'il défendait leurs intérêts, comme le ferait une organisation syndicale.

Il va de soi que c'est le monde à l'envers ! En effet, sans SMart, la société Deliveroo aurait été
obligée de travailler avec un bureau d'intérim ou avec des contractuels, une situation qui compliquerait fortement la pratique du dumping social et donc son modèle économique.

 

SMart (Société mutuelle pour artiste) est un conglomérat d'organisations (1) qui s'est saisi du statut d'artiste pour pouvoir intervenir en tant qu'intermédiaire dans le secteur artistique, en vue de réguler les missions des « travailleurs autonomes » qui, en principe, exercent différentes activités pour plusieurs donneurs d'ordre, avec des contrats de courte durée. Durant les périodes intermédiaires, SMart offre aux intéressés la protection sociale à laquelle ont droit les travailleurs salariés, pour une indemnité de minimum 6,5 %, et ce, sans trop de tracas administratifs.

Robrecht Vanderbeeken

Secrétaire Général ACOD CULTUUR

(1)  Outre Productions associées, on y retrouve par exemple Smartimmo, Smartsol, Matlease, Le palais de l'intérim,Tax shelter Ethique, Act, Artichaud, Rémacle Costume, SmartFr, SmartEu mais aussi bien d'autres activités en Pologne, en Suède, au Royaume-Uni, etc. Et, contrairement à ce que prône SMart dans ses discours marketing sur la démocratie et la coopération, les affaires de SMart sont loin d'être transparentes, et les travailleurs autonomes n'ont presque pas voix au chapitre. Néanmoins, ils semblent pouvoir livrer un feedback.

SMART : la flexibilité mensongère !

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