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#Wetoo : Quand les danseuses parlent de sexisme 3/4

Publié le par Ilse GEKHIERE

#Wetoo : Quand les danseuses parlent de sexisme 3/4

Une simple loi écrite dans un livre ne va pas changer ces structures profondément sexistes.

J’ai entendu énormément d’histoires similaires, où la jeune diplômée se voit proposer un travail atypique, peu (et souvent illégalement) rémunéré par des artistes en général beaucoup plus âgés qu’elles. Parfois, le travail consiste à poser nue devant une caméra, ou relève de l’expérimentation artistique impliquant différentes transgressions en tout genre, et pointant vers une finalité pornographique vaguement explicitée. Très souvent, ces jobs sont accompagnés d’invitations dans des restaurants chics, de cadeaux divers, de messages entreprenants, d’alcool, de drogues. Même si la situation semble d’emblée alarmante, la jeune artiste raisonne ainsi  : « C’est un travail, c’est de l’argent, et si c’était l’opportunité dont j’ai toujours rêvé ? » Les danseuses veulent croire qu’elles réussiront à garder le contrôle de la situation, qu’elles sauront anticiper tout risque de dérapage.

Lorsque je demande aux danseuses si elles regrettent ces expériences, je sens qu’elles n’osent pas m’avouer qu’elles ont fait certaines choses contre leur gré.

De fait, on éprouve toujours de la réticence à se représenter soi-même comme une victime.

Il y a toujours ce moment de silence, d’hésitation, de honte. Une danseuse m’a dit  : « Je ne parviens pas à me voir comme une victime, et pourtant, après coup, je ne peux nier le fait d’avoir été utilisée. »

Tout le monde sait bien que séduire n’est pas un acte répressible par la loi. Mais force est de constater à quel point ces situations et leurs caractéristiques se répètent. La redondance de ces histoires où l’homme mûr profite d’une femme plus jeune, qui n’est jamais son égale, est impossible à ignorer.

Les jeunes femmes se retrouvent dans ces situations parce qu’elles manquent de confiance en elles. Elles ont reçu une éducation qui les a rendues obéissantes, comme femme et comme danseuse, et, aussi parce que leur entourage ne les a jamais encouragées à dire non. On pourrait parler d’un climat ambiant où nage un ensemble de règles non écrites mais prégnantes, perpétuées délibérément, de façon plus ou moins tacite, plus ou moins revendiquée. Une simple loi écrite dans un livre ne va pas changer ces structures profondément sexistes.

C’est tout un secteur qui doit se réveiller et changer.

Au fur et à mesure de mon enquête, je me suis posé la question de la légitimité de certains éducateurs. Les écoles d’art devraient offrir un espace sécurisé qui permette aux étudiant.es de faire leurs propres expériences, et définir ainsi le type d’artiste qu’ils souhaitent devenir. Le moindre problème d’intimidation, de harcèlement ou de manipulation devrait être très sérieusement pris en compte, et faire l’objet d’un suivi attentif. Les écoles ne devraient pas s’envisager comme de simples « reflets » de la vie professionnelle, mais comme des creusets favorisant l’émergence de changements à mener au sein de la profession, et capables d’influencer le futur de l’espace artistique dans son ensemble. L’éducation devrait encourager et défendre les principes d’égalité et de diversité à tous les niveaux. Ce que j’ai pu constater, c’est que nous sommes encore très loin du compte.

Au moment où j’ai commencé à écrire cet article, (et tout au long de cette recherche, qui n’en n’est d’ailleurs qu’à ses tout débuts) j’ai réalisé que j’avais un choix à faire : nommer ou ne pas nommer. Devrais-je exposer certains chorégraphes, directeurs, institutions?

Pour être tout à fait honnête, je ne saurais même pas tout à fait par où ni par qui commencer. Il ne s’agit pas simplement de deux ou trois chorégraphes dont les méthodes et le travail seraient profondément misogynes et abusifs. C’est tout un secteur qui doit se réveiller et changer. Un des aspects les plus alarmants du cas Weinstein n’est pas Weinstein lui-même, mais la culture du secret qui l’entoure, et le réseau de tous ceux qui lui ont permis de perpétrer ses crimes sans qu’il n’ait jamais été inquiété. Beaucoup ont caché, excusé des actes abjects, ou ont été prêts à s’en accommoder du moment que l’argent continuait d’affluer, et qu’ils pouvaient en retirer des avantages financiers. Je pense que ceci pourrait être dit de la même façon à propos de certains « rockstar choreographers » généreusement subventionnés de la scène belge.

#Wetoo : Quand les danseuses parlent de sexisme 3/4

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